Groupe de travail
« biodiversité »
Responsable : Monique L’Hostis
(ENVN)
Membres : Marc Artois (ENVL),
Suzanne Bastian (ENVN), Claudine Bonaldi-Joly (FNE), François
Decazes (SNVEL-RFVPFS), Lénaïg Hallos (ENVA), Emmanuel Liénard,
Sophie Le Dréan-Quénec’hdu (RFVPFS)
Le terme « biodiversité » (Walter G.
Rosen, 1985) désigne la diversité du monde vivant, ce concept
prend en compte le nombre des espèces vivantes, leurs
caractéristiques, et notamment leur matériel génétique, ainsi
que les écosystèmes dans lesquels elles s’intègrent.
Il s’agit d’un concept récent qui
semble marquer la limite entre deux « époques », celle où, on
percevait le monde vivant comme un ensemble immuable dominé par
l’Homme, et celle, actuelle où l’on perçoit que la nature est
épuisable et que l’Homme l’utilise, la menace, et en fait doit
la gérer la comprendre. La Convention sur la diversité
biologique signée lors du Sommet de la terre à Rio de Janeiro en
1992 par 158 états engage ainsi une responsabilité des Etats.
Pourquoi un maintien de la
biodiversité est-il nécessaire ?
En quoi la biodiversité est-elle
souhaitable ? Sans doute parce qu'elle permet l'adaptation à des
conditions de vie changeantes. Les écosystèmes sont en équilibre
dynamique, et d'autant plus pérennes que leur diversité interne
contribue à faire face à des facteurs de perturbation divers et
variés. Enlevez un maillon majeur (au hasard, le prédateur en
haut de la pyramide) et l'ensemble du système peine à
s'autoréguler. Nous sommes depuis quelques dizaines d'années
dans une démarche plutôt d'homogénéisation des systèmes de
production pour faciliter la maîtrise des facteurs de risque,
avec pour corollaire une diminution de la diversité.
L'agriculture biologique notamment, doit compter sur les
capacités d'autorégulation des organismes, des troupeaux et des
écosystèmes pour prévenir les déstabilisations (maladies, baisse
de production, pullulation de ravageurs ou de micro-organismes
« nuisibles »). L'intervention active sur un écosystème devra
viser à aider l'autorégulation et à restaurer les capacités de
maintien de son équilibre. Par exemple, supprimer une espèce
invasive qui ne connaît pas de prédateur... Qu'il s'agisse
d'Ibis ou de virus immuno-suppresseurs. Une antibiothérapie bien
conduite ne fait rien d'autre, sous réserve que l'on veille à la
restauration de la flore digestive, dermique ou autre du patient
(pour ne pas créer un appel d'air ailleurs). Dans ce cadre,
l'utilisation de la lutte biologique comme des vaccins vivants
requiert la plus grande prudence.
De quel instrument de mesure
dispose t-on pour évaluer le maintien de la biodiversité ?
Si la sauvegarde de la biodiversité
en tant que telle paraît donc souhaitable, comment la
mesure-t-on ? Un haut niveau de diversité est-il réellement un
but en soi, ou est-ce plutôt la santé des écosystèmes qu'il faut
viser ? Dans ce cas, la diversité des peuplements n'est qu'une
mesure dans un tableau de bord contenant d'autres paramètres.
Autrement dit, il ne s'agit pas tant de piloter la biodiversité
en tant que telle, mais d'intervenir à bon escient pour
restaurer le fonctionnement des écosystèmes dont nous dépendons
pour nos besoins, encore fut-il que des inventaires (instrument
de mesure fiable, à condition que l’on bénéficie d’états des
lieux initiaux et consécutifs).
Rôle du Vétérinaire dans
l’évolution de la Biodiversité
Le maintien de la biodiversité est
de la responsabilité de chaque citoyen, tant dans ses activités
privées que professionnelles.
Comment le vétérinaire peut-il
s’impliquer dans cette démarche ?
Cette profession est parfois tentée
de hiérarchiser les espèces en fonction de leur rôle
« fondamental ou négligeable » (notions définies par l’Homme, ou
selon leur importance économique) dans le maintien de la
biodiversité : alors la biodiversité serait définie à un moment
précis, comme constituée d’espèces « néfastes », notamment
certains agents pathogènes, nuisant à la santé humaine, animale
ou végétale ; et d’espèces « utiles » considérées pour certaines
comme des espèces participant au « maintien » de la
biodiversité ; d’autres peuvent être considérées comme des
espèces « potentialisatrices » d’une biodiversité (comme les
insectes pollinisateurs).
Mais peut-on adopter aujourd’hui ce
point de vue qui a conduit à tellement d’erreurs dans le passé ?
En effet, la Nature est un tout
indissociable, comme un organisme vivant unique, il est
illusoire d’envisager de lutter contre une faune nuisible en
pensant respecter la faune utile non-cible, d’autant plus que
les effets en cascade, de même que les effets « boomerang » non
prévisibles sont inévitables.
Le vétérinaire est ainsi un acteur
de l’évolution de la biodiversité, en intervenant dans la lutte
contre les agents pathogènes transmissibles (parasites,
bactéries, virus…), et en améliorant la santé des animaux
domestiques et sauvages.
Les actions contradictoires du
vétérinaire dans le cadre du maintien de la biodiversité amènent
à réfléchir sur des actions à mener en matière de lutte contre
les ravageurs et les agents pathogènes. Ces actions doivent être
concertées, réfléchies dans le cadre d’une lutte raisonnée et
intégrée, prenant en compte toutes les conséquences sur
l’ « évolution » de la diversité biologique.
Ainsi, il est préférable de
considérer les actuels agro-écosystèmes comme des milieux
complexes en évolution, soumis à diverses « agressions »
inévitables étant donné les activités humaines. Ces
« agressions » devraient être gérées globalement pour éviter une
évolution brutale et finalement catastrophique de la
biodiversité.